En accord avec lui,nous rendrons hommage avec le plus grand respect à Paul Frère en vous faisant peut-être découvrir l'éloge funèbre que Michel Dartevelle lui a écrite et récitée non sans émotion le jour de ses funérailles.
La voici donc...
Un gentleman s'en est allé ...
Champion automobile d'exception, Paul Frère fut aussi un brillant ingénieur en même temps qu'un journaliste réputé, mais il était surtout un grand humaniste toujours à l'écoute et au respect d'autrui.
Paul Frère : un prénom et un nom qui sonnent de manière si familière à l'oreille des passionnés d'automobile.
Paul a toujours fait partie de notre culture tant mécanique que sportive et sa disparition nous laisse tous tragiquement orphelins. C'est vrai que nous le croyions éternel.
Pilote de talent, il a couru sur tous les circuits du monde, au volant de toutes les voitures imaginables, des plus modestes aux plus puissantes, et toujours avec succès.
S'il a arrêté la compétition en 1960 après sa victoire aux 24 heures du Mans, Paul a continué à consacrer toute sa vie à l'automobile.
Ingénieur méticuleux, il n'a cessé de disséquer les multiples facettes de la technologie automobile et Dieu sait si cela a changé en quelques années : du moteur à combustion interne, aux dernières boîtes de vitesses robotisées en passant par l'électronique et les transmissions, rien n'avait de secret pour cet épicurien de la voiture. Ses avis, pertinence et réflexions techniques ont toujours fait loi chez les plus grands constructeurs.
Paul était toujours consultant, entre autres, chez Porsche, Honda ou encore Mazda, tous trois réputés pour leur audace technologique.
Mais Paul était aussi journaliste, le plus grand, le plus réputé dans le monde automobile.
Bien sûr, il n'était pas le premier de la profession à faire de la course, mais le seul à avoir fait de la formule 1, à avoir gagné les 24 H du Mans et tant d'autres courses.
A toutes ses qualités qui ont pu asseoir une réputation amplement méritée, il faut ajouter les immenses qualités humaines de Paul Frère : toujours à l'écoute d'autrui, il savait prendre le temps de discourir avec une gentillesse et une simplicité qui forcent admiration et respect.
Quand nous lui avons demandé s'il acceptait de devenir le Président d'Honneur de notre association « Route Nationale 7 Historique », je lui ai exprimé la passion pour l'automobile qui nous animait, le respect que nous avions pour les amateurs de voitures anciennes mais aussi pour tout type de véhicule, de la 2 chevaux à la Bugatti, c'est sans hésiter que Paul a accepté.
Depuis 2001, il a toujours fait honneur de son titre pour nous rejoindre à Saint Raphaël,
le week-end du Grand Prix de Monaco.
Et nous avons été fascinés par le personnage !
Durant ces 8 années, je me suis efforcé de lui trouver un cadeau original, photo inédite lors d'une course, modèle réduit d'une de ses voitures de courses, livre, etc.
Je me souviens aussi, lors d'une soirée de gala, avoir retracé la naissance et l'histoire de l'Equipe Nationale Belge, à laquelle Paul a largement contribué avec Johnny Claes et Olivier Gendebien, ou avoir résumé son parcours. Ensuite, Paul prenait la parole pour nous raconter telle ou telle anecdote qui avait émaillé sa riche carrière : dans un silence de cathédrale, 250 convives écoutaient religieusement, conscients du privilège de partager la soirée d'un hôte exceptionnel.
Paul nous a souvent fait rire, démystifiant le héros que nous imaginons tous : « Si j'ai refusé l'offre de Mercedes de piloter les fameuses 300 SL, c'est tout simplement que je les trouvais trop dangereuses ! » ou encore « Si j'ai accepté de rouler en 1957 sur la Renault Dauphine aux 12 Heures de Sebring plutôt que sur la Jaguar type D, et bien c'est parce que, après la course je pouvais garder la voiture 5 semaines pour parcourir les Etats-Unis » ; il fera 16.000km avec cette voiture à travers les USA.
On se souviendra aussi qu'en 1992, pour fêter ses 75 ans, Mazda lui prêtera sur le circuit du Castelet, le bolide victorieux des 24 Heures du Mans 1991. Il emmènera toute sa famille.
Paul nous racontera aussi de manière très humoristique que, lors de ses déplacements en Italie, il avait le privilège de pouvoir rouler « à sa guise » : chaque fois qu'il se faisait arrêter par les carabinieri, il présentait les documents demandés dans un étui qui s'ouvrait sur une photo de Paul en compagnie du Commendatore Enzo Ferrari devant l'usine de Maranello ; cela avait toujours suffi à son immunité !
En 2003, âgé de 86 ans, il nous racontera aussi qu'il s'est vu confier, lors des essais pour les 24 Heures du Mans, le volant de l'Audi R8 victorieuse l'année précédente : un tour de lancement, un tour chrono et un tour de décélération. Quand le verdict du chrono tombe, Paul est à 4 secondes de la pôle ! Chapeau l'artiste !
Il nous dira aussi que c'est « si facile avec les servos freins, la servo direction et les palettes au volants.
La Ferrari de 1960 allait certes moins vite, mais il fallait toujours faire le double débrayage, écraser les freins de toutes ses forces et la laisser sur la route. Les voitures de course modernes sont si faciles ... ».
Voilà pourquoi il n'était pas rare de voir l'un ou l'autre de nos concurrents, la larme à l'½il quand Paul avait fini son discours sous les applaudissements de la traditionnelle standing ovation.
Paul était humain, proche de tous les amateurs. Il ne venait jamais nous rejoindre à l'hôtel sans avoir passé une demi-heure dans les parkings à s'émerveiller devant la Méhari, comme devant la Bugatti.
Nous nous sommes vus une dernière fois en décembre dernier, alors que je rentrais des reconnaissances du Monte Carlo Historique. Nous avions encore discuté plus d'une heure sur les Ferrari monoplaces des années 50, sur la qualité des Audi, notre passion commune pour les Porsche, la Nationale 7 2008, etc.
Tu avais toujours un mot gentil pour Mimi, notre secrétaire, et pour les amis que tu avais rencontrés sur le rallye.
Paul Frère a non seulement illuminé nos soirées sur la RN7 Historique mais il nous servira toujours d'exemple : comme nos amis Georges Hacquin ou Claude Dubois, qui eux aussi ont fait partie grâce à Paul de l'Equipe Nationale Belge, il fut le témoin et l'acteur d'une période où la passion et le pilotage l'emportaient sur les considérations financières.
Le sponsoring n'existait pas, les pilotes les moins doués se tuaient chaque week-end et les pilotes avaient un «vrai métier » qui leur permettait de vivre plus ou moins bien. Bien souvent, les usines leurs prêtaient une voiture et cela suffisait à leur bonheur.
Etait-ce mieux avant ? Quand on a connu un tel gentleman, on voudrait répondre par l'affirmative.
Est-ce que ce sera mieux après ?
On sait bien que la réponse est « NON »
Tout simplement parce que tu n'es plus là mon cher Paul.
Alors pour ceux qui ne te connaissent que trop peu, voici un résumé beaucoup trop bref de ton incroyable carrière :
PAUL FRERE : un champion d'exception dont les qualités humaines en ont fait le meilleur exemple du «gentleman driver».
Le 6 juillet 1926, un jeune bambin de 9 ans, tenant son oncle par la main, assiste à sa première course, les 24 Heures de Francorchamps : une révélation pour le jeune Paul FRERE dont la passion pour l'automobile ne fera que croître au fil des ans.
Agé de 18 ans, il participe avec succès en Autriche où il résidait alors, à un gymkhana sur la petite 5 cv Amilcar maternelle.
2 mois avant l'entrée en guerre de la Belgique, il achète à la rue Bara à Bruxelles une Imperia 6 cylindres Grand Sport pour 600 francs.
Après la guerre, une petite DKW 125 lui permettra de participer, à Bruxelles (entre Groenendael et Mont-Saint-Jean), à sa première compétition motocycliste sur route : victoire de classe à 82 km/h.
La DKW participera ensuite au moto cross de Stockel organisé par la Motor Eclair de Schaerbeek et terminera 5e.
Une NSU 250 lui succédera puis une Triumph 350 de récupération qui totalisera 80000 km en 4 ans !
En 1946 Paul FRERE participe à sa 1ère course de vitesse (le Grand Prix de la Cambre organisé par l'Union Motoriste Uccloise) sur la Triumph Speed twin d'un ami : victoire sous le pseudonyme de « FREPAU ».
Ensuite, il fut pilote pour l'importateur Puch en 125 cc, ce qui lui permis d'être, l'espace de quelques semaines, champion du monde du mile lancé à 108 km/h.
En 1948, il participe à sa première course automobile : la réalisation de son rêve le plus cher. Avec la petite MG PB 939 cc (âgée de 12 ans !) de Jacques Swaters, l'équipage FRERE-SWATERS termine 4e de sa catégorie.
1950 et 1951 : victoire sur Dyna Panhard au Grand Prix des voitures de série à Francorchamps. Peu à peu, ses relations et ses qualités de journaliste et de pilote l'amèneront au volant de voitures plus puissantes.
En 1952, victoire au Grand Prix des voitures de série à Francorchamps sur une des 4 Oldsmobile officielles (les 3 autres étant confiées à Johnny Claes, André Pilette et Jacques Swaters).
Toujours en 1952, il remplace Peter Collins sur une HWM (1970 cc, 4 cyl., 145 cv et 550 kg) au Grand Prix de Belgique à Chimay : Paul FERE réalise la pôle (4 min 33 sec) et gagne la course un centième de seconde devant la Connaught de Downing.
5e place au Grand Prix d'Europe à Francorchamps sur HWM officielle aux côtés de Lance Macklin et de Peter Collins.
Abandon au Grand Prix d'Allemagne (boîte de vitesse).
Il fit ensuite le Grand Prix de Hollande pour Amédée Gordini aux côtés de Manzon, Trintignant et Behra : abandon de la Simca Gordini de Paul FRERE (bris de l'arbre primaire de la boîte de vitesse). La saison 1952 fut dominée par les Ferrari de Ascari et Farina.
En 1953, Mr Beherman, le distributeur Chrysler d'Anvers, lui confie une Saratoga de 14000 km pour les 1000 Miglia : les 630 premiers kilomètres seront couverts à 131 km/h de moyenne. Paul FRERE, associé à André MILHOUX, gagne sa catégorie en 13 H 38' 03''.
Il gagne ensuite le GP des voitures de série, à Francorchamps, sur une Chrysler New Yorker devant la Lincoln de Johnny Claes.
Le 31 mai 53, il termine 2e du GP du Nurburgring, sur HWM, à 1,7 sec. du suisse Tulo de Graffenried.
En juin 53, aux 24 Heures du Mans (que Paul FRERE considère comme la plus importante épreuve du calendrier mondial), il gagne sa catégorie, associé au journaliste Richard von Frankenberg au volant du nouveau prototype Porsche : une des 4 voitures officielles de la marque. Il sera ensuite invité par Alfred Neubauer à essayer sur le Nurburgring le nouveau prototype de la Mercedes 300 SL en compagnie de Hans Klenk, Hans Hermann et Günter Bochem (pilote Borgward).
Il abandonnera aux 24 H de Francorchamps, à 3 heures du matin, sur grippage de la boîte de vitesse de la Porsche 1100, associé pour l'occasion à l'Allemand Hampel.
1954. Au volant d'une Chrysler de 235 CV, il gagne le GP des voitures de série à Francorchamps (écoutant même à la radio de bord le reportage de sa propre arrivée ! ! !).
Le même jour, il fait la pôle et gagne la course des voitures de tourisme moins de 2600 cc au volant d'une Alfa Romeo 1900 TI obtenue par l'usine Imperia qui en assurait le montage en Belgique.
24 Heures du Mans : engagé sur une des 5 Aston Martin, avec Caroll Shelby comme équipier. Abandon peu après minuit de l'Aston blanche à bandes bleues (les couleurs américaines) sur rupture de la fusée de roue avant droite.
Abandon au GP de Belgique de la monoplace Gordini sur grippage du pont arrière.
Abandon aux 1000 km de Monza sur la Gordini 3 litres sport 8 cylindres : associé à Jean Behra, Paul FRERE était en tête de l'épreuve jusqu'à la rupture d'un axe de culbuteur.
Au GP de l'Automobile Club de France, à Reims, nouvel abandon de la Gordini de Paul FRERE, sur bris de pont, alors qu'il était 5e et faisait jeu égal sous la pluie avec les Mercedes de Fangio et Kling.
Abandon au GP d'Allemagne après la perte d'une roue : ce qui décida Paul FRERE de ne plus prendre le volant d'une Gordini tant qu'elles n'offriraient pas des garanties de sécurité.
1955. John Wyer, directeur sportif d'Aston Martin, incorpore Paul FRERE dans son équipe pour les courses de voitures de sport.
A Francorchamps, il gagne l'épreuve des voitures de série sur Alfa Romeo 1900 et il gagne celle des voitures de sport sur Aston Martin DB3 S (devant les 2 Ferrari de l'Equipe Nationale Belge de Swaters et Laurent).
Ugolini, directeur sportif de Ferrari, incorpore Paul FRERE dans l'équipe de monoplaces aux côtés de Tarrufi, Trintignant, Farina et Schell. Au GP de Belgique, sa première course pour Ferrari en F 1, il termine 4e derrière les Mercedes de Fangio et Moss et la Ferrari de Farina.
Au Mans, il terminera 2e sur l'Aston Martin n° 23 associé à Peter Collins (4079 km à
169,717 km/h de moyenne) derrière la jaguar de Hawtorn et devant celle de l'ENB de Claes-Swaters.
Au GP de Suède des voitures de sport, il pulvérise aux entraînements la Ferrari Monza de
l'Equipe Nationale Belge et s'en tire avec une jambe cassée.
1956 : Paul FRERE décline l'offre de Mercedes pour piloter une 300 SL aux 1000 Miglia, mais accepte l'offre de François Landon (chef du service compétition de la Régie Renault) pour piloter une Dauphine (52 cv à 6000 tr/m, 5 vitesses) aux côtés de Maurice Trintignant, Louis Rosier, Jean Rédélé et l'excellente Gilberte Thirion qui, au sein de l'écurie, battra ses équipiers, pilotes réputés de F 1 !
Quelques semaines plus tard, il termine 3e à Silverstone sur une Jaguar MK VII, puis à Francorchamps, il gagne la course sur la nouvelle Jaguar 2,4 L devant la Porsche Carrera de Sailer et la Mercedes de Bonnier. Il gagne aussi, le même jour, en catégorie 2 litres avec la Ferrari de l'ENB.
Après un an d'absence en Formule 1, à la suite d'un concours de circonstances (Musso s'est cassé un bras et Hawthorn a été engagé par Maserati), Paul FRERE est quasi obligé (sous la pression de ses amis et de Ferrari) de monter dans la 5e voiture de la Scuderia pour le GP de Belgique : il terminera 2e derrière Peter Collins et devant Stirling Moss ! Quel dommage que John Healt, constructeur des HWM qui vient de se tuer aux 1000 Miglia, ne soit pas là pour voir sur le podium 3 pilotes à qui il a offert pour la première fois un volant en monoplace.
Aux 12 Heures de Reims, il termine 2e sur une Jaguar d'usine, associé au pilote vedette Mike Hawthorn. Il participe ensuite à des tentatives de record de vitesse à Monza pour Carlos Abarth (1100 cc et 220 km/h !).
Aux 24 Heures du Mans 56, il abandonne après 6 minutes de course sur sortie de route.
Il termine 7e au général du Tour de France Auto sur une Alfa Romeo Giulietta Sprint Veloce.
Fin octobre, au volant de la Ferrari 2 Litres de l'ENB, il termine 3e du GP de Rome derrière les Maserati de Behra et Schell mais devant toutes les autres Ferrari.
Abandon au Tour de Corse sur une Dauphine officielle (bris de roulement de roue avant).
1957. Pour le lancement de la Dauphine aux U.S.A, Paul FRERE participe aux 12 Heures de Sebring. Il termine 37e des 38 voitures classées, subissant 60 fois l'affront de se voir dépasser par la Jaguar qu'il pilotait l'an dernier. Après la course, il fera 16000 km aux Etats-Unis en 5 semaines au volant de la Dauphine !
De retour en Europe, il gagne sa catégorie aux 1000 Miglia sur la petite Renault qui réalisera des prouesses dans les cols de la Futa et de la Raticosa : sur 107 km, la Dauphine de Paul FRERE ne mettra que 3' 13'' de plus que la Porsche RS 1500 de Maglioli et 15'' de MOINS (!!!) que la meilleure des Porsche Carrera, celle de Strähle.
Aux 24 Heures du Mans, Pierre Stasse qui dirige l'Equipe Nationale Belge, lui confie une Jaguar type D. Associé à Freddy Rousselle, il terminera 4e après avoir longtemps occupé la 2e place (une pointe de tungstène du rupteur cassée sur le circuit demandera à Rousselle ¾ heure pour réparer).
Victoire aux 12 Heures de Reims sur une Ferrari GT officielle associé à Olivier Gendebien.
1958. Paul FRERE participe avec Pierre Stasse au Rallye Monte Carlo sur une Borgward Isabella TS. Après une sortie de route dans l'Ubaye, proches de l'arrivée, ils perdent leurs chances de bien figurer au classement.
En mai, il termine 2e du GP de Spa sur l'Aston Martin DBR 2 officielle derrière la Lister Jaguar de Masten Gregory.
En juin, il est incorporé à l'équipe Porsche pour piloter une des trois 550 RSK avec Barth : il finiront 4es et 1ers de catégorie.
Aux 1000 km du Nurburgring, il termine 2e de catégorie et 7e au général sur la Porsche 1500 associé à Harry Schell.
12 Heures de Reims : victoire avec Olivier Gendebien sur la Ferrari 250 GT de l'an passé et ce, malgré l'éclatement du pare-brise à 250 km/h !
Il terminera la saison 58 au Congo et participe à un rallye sur Porsche 1600 puis au Grand Prix de Léopoldville sur une Ferrari de l'ENB. Il abandonne sur bris de pont alors qu'il était en tête.
1959. Il participe aux 1000 Miglia sur une Dauphine officielle.
Au GP de Spa, Paul FRERE réalise la pôle avec la Porsche 550 RSK de l'usine. En tête de l'épreuve, il abandonne sur bris de soupape suite à un surrégime (9000 tr/mn !!!) et il paiera son amende envers ses mécanos : un casier de bière !
Il fait équipe avec Trintignant pour les 24 Heures du Mans sur Aston Martin : ils termineront 2es derrière l'autre Aston de Salvadori et Shelby.
Toujours associé à Trintignant, il termine 4e du Tourist Trophy à Goodwood.
Paul FRERE s'embarque ensuite pour le grand prix routier d'Argentine sur une petite NSU 600 cc bicylindre : il fera des étapes à plus de 110 km/h de moyenne. Une épreuve de 4000 km de piste et de désert avec des cols à plus de 3000 mètres. Il abandonnera après avoir été tamponné par une Borgward qui le suivait.
1960. Le premier janvier, il gagne le GP d'Afrique du Sud sur une Cooper à moteur arrière devant Stirling Moss.
Il se rend ensuite par la route avec sa Porsche privée en Sicile pour le GP de Syracuse qu'il termine à la 5e place sur la Cooper de l'ENB.
2 semaines plus tard, il termine 5e du GP de Bruxelles puis 6e du GP de Pau, toujours sur la Cooper. Il participe ensuite, à la demande d'Enzo Ferrari, aux essais de la Targa Florio sur une Ferrari officielle.
Il termine 9e des 1000 km du Nurburgring sur une Porsche 1600 et gagne le GP de Spa sur une Porsche RS 60 : sa 11e victoire à Francorchamps !
Le dimanche 26 juin 1960, la Ferrari Testa Rossa n° 11 officielle de l'équipage FRERE – GENDEBIEN franchit victorieuse la ligne d'arrivée des 24 Heures du Mans. Ce fut la dernière course de Paul FRERE couronnée par cette victoire tant attendue.
Refusant toutes ces années le titre et le statut de pilote professionnel, Paul FRERE a suivi en amateur les voies qui convenaient le mieux à son caractère et à ses aspirations.
Ingénieur de talent, technicien éclairé, il a toujours privilégié son métier de journaliste et l'éducation de ses 3 enfants aux contraintes et aux risques, importants à l'époque, de la profession de pilote.
Il est certainement l'amateur le plus doué que le sport automobile ait jamais connu.
Sportif dans l'âme, il a pratiqué assidûment le tennis, le ski de neige et nautique, l'athlétisme et l'aviron où il a aussi décroché des titres nationaux. Il a fait de la compétition motocycliste sous toutes ses formes (vitesse, trial, motocross).
Paul FRERE a toujours considéré le sport en général comme un dérivatif physique et mental nécessaire, jamais comme un but en soi.
A toutes ces qualités qui ont fait de lui un champion d'exception, il faut ajouter ses qualités humaines : Paul FRERE a toujours fait preuve d'une grande humilité et d'une incroyable disponibilité à l'égard d'autrui, et ce, malgré son succès.
Ses articles dans des revues aussi réputées que le « Flat Six Magazine » ou encore «Le Moniteur de l'Automobile – De Autogids» font aujourd'hui encore référence.
Toujours avide de connaissances et de découvertes automobiles, il s'est vu confier en 2003 l'essai de l'Audi R8 victorieuse au Mans et honore de sa présence chaque année l'arrivée du rallye RN7 Historique dont il est le Président d'Honneur, sans oublier bien sûr ses fréquents déplacements sur de nombreux circuits européens.
Tout simplement, Paul FRERE est et restera dans nos mémoires, le meilleur exemple du « gentleman driver ».
Michel DARTEVELLE
Merci Michel